IMAREV – Imaginaires de la Révolution française de 1789 à aujourd’hui
La Révolution constitue une « passion française » par excellence, inscrite au coeur du roman national et cristallisant la plupart de ses grands partages idéologiques et politiques. En elle, on ne saurait dissocier les lieux d’affrontements historiographiques et de concurrences mémorielles, de ses mythes et images qui, élaborées depuis deux siècles par la littérature, les arts, et toutes les formes de discours médiatique, ne cessent d’en modifier la place et les enjeux dans l’espace public. Les grandes commémorations ont contribué à raviver la conflictualité interprétative, mais le Bicentenaire a aussi illustré de manière exemplaire la dynamique de construction d’un imaginaire par hybridations et recyclages, où jouèrent notamment ensemble univers plastique de la publicité et symbolique politique de la fête révolutionnaire.
Il semble que nous soyons aujourd’hui toujours pris entre les deux pôles de la guerre idéologique et de l’investissement par des imaginaires médiatiques de la Révolution, qui tendent à prendre leur autonomie par rapport à cette guerre, ainsi que l’a illustré un récent débat autour de l’épisode du jeu vidéo Assassin’s Creed situé dans le contexte du Paris révolutionnaire. On prend acte d’une résurgence tous azimuts qui, avec le succès (désormais mondial) du spectacle de Joël Pommerat, Ça ira (1) Fin de Louis (2015), interroge aussi l’amer constat que pouvait faire, cinq ans plus tôt, un Michel Vovelle dans sa préface en forme de bilan du collectif dirigé par Michel Biard, dont le titre était plutôt encourageant (La Révolution française. Une histoire toujours vivante, Paris, Taillandier, 2015) : « l’héritage est banalisé, la mémoire se perd, chez les politiques, dans l’enseignement, dans l’oubli des références symboliques, la Marseillaise et la Marianne. » Entre ce lamento et la ferveur suscitée, sur le mode d’une passion renouvelée du politique, par les quatre heures du spectacle de Pommerat, comment situer et évaluer les présences protéiformes de la Révolution ?
Le séminaire se propose d’interroger la diversité des mémoires, retours et fantasmes de la Révolution dans une modernité qu’elle a elle-même ouverte, en s’attachant autant à des objets anciens qu’aux manifestations les plus contemporaines. Il explore ainsi l’actualité de la recherche littéraire sur la Révolution française, en lien avec d’autres champs disciplinaires.